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François Humblet : une année de triathlon « PRO ». Bilan en demi-teinte !

publié le 19 déc. 2014 à 05:38 par Vandiest Thomas   [ mis à jour : 19 déc. 2014 à 05:39 ]

François Humblet : une année de triathlon « PRO ». Bilan en demi-teinte !

Préambule…

Quand on prononce le nom « Humblet », il résonne de manière familière aux oreilles de pas mal d’anciens du RCB. En effet, Jean-Etienne, le père de François, faisait partie de l’équipe d’interclub du RCB en 400 ou 800m, lorsque notre équipe jouait les premiers rôles aux interclubs belges,  à la fin des années ’70, tandis que ses tantes, Françoise et Anne, s’illustraient également  en demi-fond.  Anne a en outre assuré le secrétariat du Rcb-athlétisme pendant plusieurs années, entre 1983 et 1987.

Avec une telle hérédité, il n’est pas étonnant que François se soit assez rapidement découvert de sérieuses qualités sportives. Quand en plus, pendant vos études secondaires, vous tombez sur un prof de gym aussi motivant qu’un certain Philippe Schelkens, cela vous aide à progresser.  François a ensuite profité de ses études à Saint- Louis pour s’entraîner dans les trois disciplines du triathlon, avant de débarquer pour son master en sciences économiques à Louvain-la-Neuve. Il y trouva des conditions d’entraînement très favorables, qui lui permirent de  grimper au niveau des meilleurs espoirs du pays. Enfin, l’an dernier, ses études terminées, il franchissait encore un palier et profitait d’une situation de travail à mi-temps, pour décrocher, à la surprise générale, et la sienne en premier lieu, le titre de champion de Belgique en duathlon.

Fort de cette référence et d’autres résultats très encourageants, François décida donc de tenter le tout pour le tout en 2014 et de se lancer dans une année de triathlon professionnel dans une structure digne de ce nom. Il intègre donc, en janvier de cette année, l’équipe de triathlon professionnelle « TBB » (the Best you can Be), qui lui apporte une aide financière et matérielle censée lui permettre de se consacrer à 100% à son sport.

Le côté face…

La saison 2014 commence fort pour François, qui a axé la première partie de l’année sur le duathlon. Après un stage d’une vingtaine de jours à Lanzarote et un semi-triathlon (70.3 – ndlr : soit exactement la moitié de l’Ironman complet - 140,6 miles) à Panama, il réalise une  bonne préparation pour le début de saison. Ses résultats, en càp notamment, ne cessent de s’améliorer. Sur base de ses résultats 2014 en duathlon, il est sélectionné en équipe nationale pour les  Championnats d’Europe de Duathlon-sprint (5k/càp-20k/vélo-2,5k/càp),  le 14 avril, à Horst aux Pays-Bas. Il y décroche une incroyable 2è place  derrière le Portugais Silva, qui devra attendre le tout dernier km pour se débarrasser de François. La saison de François est  parfaitement bien lancée…

Quinze jours plus tard, à Tournai, se présentent les championnats de Belgique de duathlon-sprint où les choses tournent moins bien pour le Bruxellois. Empêtré dans une lutte tactique entre gros clubs belges, François, seul de son équipe, perd beaucoup d’énergie à vélo et doit finalement se contenter d’une 4è place, après une course qu’il juge moyenne. Mais la forme reste excellente et, le  4 mai, au Powerman de Luxembourg (10/60/10), sur des distances  en càp qui ne lui sont pas encore habituelles, notre jeune pro décroche une belle 2è place derrière le Belge Pieter Rijnders. C’est de haute lutte qu’il  s’est approprié cette place et cela  dans la dernière partie de la 2è tranche de 10km de càp, où il réalise le 2è meilleur temps. Voilà une excellente indication sur sa capacité à digérer ces distances plus longues et de quoi renforcer le moral en prévision des championnats du monde de   duathlon (10-40-5) qui se pointent fin mai et pour lesquels il a été  sélectionné dans l’équipe nationale.

Et là, patatras, à deux semaines de cet objectif majeur, notre triathlète se fait renverser par une voiture à l’entrainement ! Résultat des courses : vélo à la poubelle, de belles plaies, hanche, genou et… moral très atteints et une grosse semaine d’entraînement très perturbée.  François est néanmoins au départ à Pontevedra (Espagne), le 31 mai, pour 10/40 et 5km.  

A l’issue des premiers 10km de càp, François pointe autour de la 20è place, ressentant un gros manque  de vitesse. Dans la partie cycliste, à part un peloton de huit qui tient la tête, les divers groupes se rejoignent pour former un peloton d’une trentaine de cyclistes, dans lequel c’est « la guerre » pour bien se placer à l’arrivée dans le parc à vélos. Dans celui-ci, c’est le chaos qu’on peut imaginer.  A ce jeu, notre homme arrive à sortir dans la première moitié du groupe. Réalisant une course qui va  crescendo, il finira très fort pour finalement décrocher une magnifique 15è place (c’est un championnat du monde !!), en fait une 12è dans sa catégorie, car trois juniors sont placés devant lui. Un résultat magnifique en soi, et inespéré vu les perturbations d’avant-course !

Maintenant c’est un des gros objectifs de l’année qui se profile : le championnat de Belgique de duathlon, distances de 9-40,5 et 6km, le 5 juillet, à Courtrai. Pourquoi cette épreuve est-elle soulignée trois fois dans le calendrier de François ? Et bien, parce que, l’an dernier, surprenant tout son monde,  il avait décroché le titre national sur cette distance ! Cette année, il part avec le dossard n°1, qui le désigne d’office comme le favori et l’homme à battre pour ses concurrents. Pourtant la motivation et le plaisir ne sont  plus tout à fait au top en raison de l’accumulation des efforts depuis la mi-février, de doutes sur la programmation de la saison et de quelques soucis extra-sportifs. Néanmoins, François s’est préparé avec acharnement et a à cœur de vendre chèrement sa peau. Il craint les « gros rouleurs » et décide de plutôt durcir la course en càp. La tactique n’est pas une pleine réussite car le Bruxellois doit laisser filer 2 concurrents en fin de càp et se retrouve à vélo dans un groupe de six fameux rouleurs, où le seul mot d’ordre pour lui sera « s’accrocher » pendant une trentaine de km. Mais le  groupe reprend le dernier échappé avant le parc à vélo. (l’autre a chuté) et la victoire va se jouer entre ces 7 concurrents. Une transition super-rapide voit notre homme sortir en 2è position du parc et, dès la première descente, il crée un petit écart, qu’il ne fera que renforcer jusqu’à l’arrivée. Il va ainsi renouveler  son titre sans la moindre discussion ! Un champion de Belgique heureux et fier !

C’est le bon moment pour faire une pause, recharger les accus et planifier la fin de saison. La suite du calendrier  amènera François en terre autrichienne pour deux épreuves : les Championnats d’Europe de Duathlon (10-40-5km), à Weyer, le 24 août, et un triathlon 70.3 (1,9-90-21,1km) à Zell am See, le dimanche suivant.

François n’aura pas à rougir de son passage en Autriche. En effet, à Weyer, après être passé en 15’15 aux 5km et 32’00 aux 10km  sur un parcours accidenté (les connaisseurs apprécieront !),  il entame le vélo en 9è position. Il arrivera à se maintenir à ce niveau sur les 90km pour finalement gagner encore une place au décompte final : une superbe 8è place à un championnat d’Europe ! Magnifique !

Comme François a axé sa saison, jusque là, sur le duathlon, il n’envisage pas la course de Zell am See en mode « compétiteur ». Non seulement il a moins travaillé la natation, mais à vélo et en càp, il s’est concentré sur des distances relativement courtes. Et un semi-marathon, à parcourir après 90km d’un parcours comportant un col de 13km, reste une inconnue pour notre champion de Belgique. Donc, quand la pluie s’abat sur le parcours vélo, François ne prend aucun risque, et voit passer pas mal de concurrents, attendant sereinement la càp, son point fort. Une fois sorti du parc à vélo, il profite d’une certaine fraîcheur pour rapidement repasser une série de concurrents qui l’avaient largué quelques minutes plus tôt. Et la tendance ne s’inversera pas. François n’arrête pas de dépasser des coureurs et franchira la ligne en 4h24 et en 14è position. Notons qu’à vélo, il ne réalise que le 152è temps, mais bien le 5è en càp ! Place donc à la récup et à un retour en Belgique avec la satisfaction d’avoir réalisé deux belles prestations.

En fait, cet épisode autrichien constituera en quelque sorte la fin de la saison internationale de notre jeune pro. En effet, une douleur à la cheville gauche, lui coûte 10 jours d’entraînement et les trois duathlons disputés fin septembre/début octobre, dans le cadre de la coupe de France et avec le club  de Meaux où il est également affilié, seront plutôt décevants.

Côté pile…

Cette série d’excellents résultats, pour un jeune triathlète, qui n’en est encore qu’au début d’une carrière de haut niveau, peut laisser penser que sa vie de sportif en 2014 fut un long fleuve tranquille… idéal pour un triathlète qui adore nager !! J Mais la réalité fut sensiblement différente.

En fait, en mars déjà, la structure de l’équipe TBB, telle qu’elle avait été présentée en novembre 2013, éclata à la suite du départ de l’entraîneur principal, suivi par une série d’athlètes qu’il entraînait et ceci remit en question le financement de l‘équipe. L’entraîneur personnel de François, Loïc Hélin, ancien du RCBT et  qui avait été le lien entre François et le manager de l‘équipe, tenta de sauver les meubles en s’engageant personnellement, aussi bien financièrement que sportivement. Entre-temps, les 12.000 euros promis deviennent 8.000 et le matériel prévu n’arrivera qu’en septembre ! Par ailleurs, le voyage à Panama en février, « mangea » déjà 4000 euros du pécule de François. Heureusement, le souper « BelgianTri », que François organisa lui-même le 14 mars pour compléter ses fonds afin de pouvoir « survivre » jusqu’à la fin de la saison, fut un succès. Mais la structure de l’équipe fut réduite à pas grand-chose et Loïc ne réussit pas à soutenir François financièrement comme il avait pensé pouvoir le faire.

Par ailleurs, François avait misé sur la saison de duathlon et sur ses divers titres pour obtenir, plus facilement qu’en triathlon, un contrat ADEPS impliquant une aide financière, mais, en novembre 2014, rien de concret n’en était encore sorti.

En juin, un  stage d’un mois en altitude en Autriche était prévu par l’équipe TBB pour préparer la 2è partie de la saison. Mais ce fut un échec total : le chalet était situé à 800m d’altitude et donc trop bas pour en tirer profit sur le plan physique, pas de piscine ouverte dans les environs, frais de déplacement et de nourriture entièrement à la charge des membres de l‘équipe, dont finalement un seul est resté sur place. Pour sa part, François arrêtait les frais après une semaine, écœuré de voir à quel point la réalité de ce stage était en total décalage avec les promesses qui avaient été faites en début de saison. C’était  de l’amateurisme au lieu de professionnalisme !

Même si les épreuves disputées en Autriche lui apportent leur lot de bons résultats et de satisfaction, les questionnements restent latents et tous ces soucis sont évidemment très négatifs pour la motivation, principalement à l’entraînement. Tout comme l’absence de l’entraîneur, qui n’assista, pendant la saison, à aucune  des compétitions auxquelles participa François, ni à aucun de ses entraînements. En quelque sorte, un « entraîneur par internet ».

Enfin, en octobre, il faut bien se rendre à l’évidence. Le programme de fin d’année prévu par Loïc et le manager, et qui devait amener le Bruxellois à Taïwan et à Melbourne pour des Semi-triathlons (70.3), et se terminer à Phuket en Thaïlande, n’était financièrement pas faisable.

Bilan et perspectives…

Cette succession de mauvaises surprises n’a  pourtant pas entamé l’envie de François de tenter d’atteindre ses limites en triathlon et de s’atteler à cette tâche à 100%. Mais cette année « PRO », sans l’être totalement, lui a ouvert les yeux sur pas mal de réalités et l’a fait réfléchir à ce que devrait être son choix de vie pour les années qui viennent. C’est ainsi que, pour s’assurer un avenir plus serein, sain et stable, tout en  restant dans l’esprit de la recherche de performance, mais plus proche du sport-plaisir, il pense qu’il ne serait sans doute pas mauvais de revenir au statut amateur, en reprenant une activité rémunérée à mi-temps. Ce serait aussi l’assurance de retrouver un lien social et une variété dans l’environnement humain. Car, uniquement  s’entraîner fait perdre le rythme de la vie quotidienne par manque de contraintes extérieures et l’on néglige alors  trop facilement la copine, les amis, la famille.

Pour 2015, sur le plan sportif, François se verrait bien tenter la qualification aux Championnats du monde de semi-ironman « 70.3 », en septembre 2015, tout en disputant, en guise de préparation, des triathlons sprint, quart de demi en Belgique, parallèlement à la saison de duathlon en France avec son équipe de Meaux, qui le soutient financièrement.

Et pour arriver à cet objectif, il est devenu clair pour lui qu’il a besoin d’entraîneurs  capables de lui apporter un « suivi rapproché », basé sur un échange humain permanent, tout en s’appuyant sur un encadrement technique de bon niveau. Enfin, dernier élément indispensable à la réussite de ses plans, intégrer un groupe d’entraînement disposant d’une supervision commune et d’objectifs communs, surtout nécessaire à pied et à vélo, pour aller chercher loin dans ses réserves et repousser ainsi ses propres limites.

François a déjà exploré une série de pistes allant dans ce sens et qui pourraient jeter les bases d’une  année 2015 riche en nouveaux exploits. Mais tout cela doit encore être finalisé et ce sera, espérons-le, l’objet d’un prochain compte-rendu.

Jacques Wiame