Accueil‎ > ‎Actualité sportive‎ > ‎

Triathlon à l'autre bout du monde - par Xavier Massart

publié le 21 févr. 2015 à 02:09 par Vandiest Thomas   [ mis à jour : 21 févr. 2015 à 02:09 ]

Salut à tous,

Voilà pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis depuis un peu plus d’un mois en Nouvelle-Zélande pour une durée +/- indéterminée. Quoi de plus naturel donc que de m’essayer aux épreuves locale et de participer à mon premier triathlon made in NZ ! (que je m’en vais vous compter, histoire de vous partager cette belle expérience!)

Après un passage sur le site « trade-me » (ebay local), me voilà en possession d’une combi « 2XU » d’occasion pour une bouchée de pain. S’en suivent quelques échanges de mail avec le club local qui m’ont permis d’obtenir un vieux « Giant TCR » à prêter pour une durée indéterminée. J’ai donc commencé réellement à m’intéresser au calendrier des épreuves il y a quelques semaines : sans hésitation mon choix se porte sur le « Marlborough Sounds Half Ironman » et je m’y inscris de suite.

Je vous passerai les détails de mon « non-entrainement » pour ne pas m’attirer les foudres des coach ;-) . Entre un week-end rafting, des longues randonnées, un magnifique pays à découvrir et beaucoup de boulot, je n’ai vraiment pas pris le temps de m’entrainer correctement, mais qu’importe, je me suis principalement inscrit pour prendre du plaisir durant l’épreuve et découvrir une autre région du pays.

Je me suis donc mis en route ce Vendredi 6/2 pour 5h de voiture vers Picton, la petite ville où se déroulait l’épreuve. Il s’agit d’un port dans une région de fjord où montagne, mer et plage de sable blanc se rencontre dans un décor assez féerique.

Il est 18h lorsque je débarque sur place pour le briefing pré-course. Première découverte, nous ne sommes que 140 participants (50 :50 entre hommes et femmes) ET seulement 5participants dans ma catégorie d’âge (20-29ans). La majorité des athlètes sont classés en 40-49 … Je me sens vraiment jeune là ! Ensuite je me rends également compte que je n’ai pas du tout le gabarit « Kiwi » : les hommes font tous au minimum 1m90 et sont des montagnes de muscles 2fois plus larges que moi… Ça va être comique pour la natation ça ! Je réalise également qu’il ne s’agit que de la première édition de la course et qu’elle est annoncée comme une épreuve très difficile (4000m de D+ sur le vélo, 800m de D+ sur la course à pied qui s’approche plus d’un trail). En discutant avec d’autres participants, c’est surtout le gratin des athlètes kiwi qui sont présents, je commence à me poser des questions sur ma présence ici :-p ! Vite effacées par l’ambiance « hyper décontractée » du briefing, je reviens à mon premier but : prendre du plaisir qu’importe le résultat ! Après ce briefing décontracté « Kiwi Style » (où on discute de la possibilité de nager avec les dauphins, de « est-ce que les bananes seront épluchées aux ravitos » ,…) je me mets en route vers le camping d’à côté. Disons que je fais dans le non conventionnel jusqu’au bout, avec une nuit sous tente avant la course.

Réveil 4h45, n’ayant pas spécialement prévu de  « Gatosport » et autre « petit-déjeuner de sportif », j’ai cuisiné la veille des mini muffin/cake enrichi aux noix, fruits sec et poudre d’amende… J’espère que ça fera l’affaire ! Ma tente repliée, il est aux alentours de 6h lorsque je prépare ma « caisse » sur le parking de l’événement, direction le parc à vélo. A nouveau un sentiment étrange lorsque je prépare mon vélo et mes « simples basket » pour la sortie de l’eau. A ma gauche, un Scott plasma 2014 flambant neuf, à ma droite un Specialized SHIV tout aussi blinquant et « dernier cris », il y en a donc pour environs 20.000€ de vélo à côté de moi, le mien ne m’a rien couté :-p.  Je suis bien placé en extérieur du parc, et les allées sont très larges, ça ne devrait donc pas trop être la cohue pour les quelques 100athlètes présent finalement au départ. Ca à beau être l’été, à 6h30 il ne fait jamais que 12°C, j’enfile donc vite ma combi et je vais dans l’eau (qui elle, est à 19°C, sensation donc de rentrer dans son bain chaud !). Le soleil se lève à peine en face de moi, le port est fermé durant 1h10, une mer d’huile, quelques voiliers amarrés au large et les montagnes « refermant » le fjord … Waw ! Je profite clairement du décor et de calme en barbotant dans de l’eau presque translucide ! L’organisation me sort de ma rêverie et méditation en annonçant à la sono « 5minute before the start ». Hum avec tout ça je ne me suis pas échauffé ! Je nage quelques mètres avant de me repositionner « dans le pack »... Ils sont peut-être plus grand que moi mais je ne vais pas me laisser impressionner et partir de derrière ! Le parcours est un triangle qui nous fait aller de 400m en pleine mer, bifurquer en longeant la côte sur 150m, avant de revenir pour 400m vers la première bouée de départ, le tout deux fois… 1900m de natation que je devrais nager normalement en 35min selon mes calculs :-p. Et ça ne sera que la début, puisqu’au vue de ma préparation et du vélo que j’ai, je m’estimerai heureux si je boucle l’épreuve dans les 7h … Un rythme de ballade en somme ! Mais une belle ballade :-p !

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 « PAN » … Ca y est cette fois c’est parti ! Départ très très chaotique ! Je me fais littéralement couler tous les 10m par ces gros malabars, et ça m’énerve plus qu’autre chose… De toute façon ils partent très vite et je me laisse distancer pour raccrocher un deuxième groupe bien plus cool ! Je réalise que c’est la première fois que je nage en combi en mer, et qu’il n’y a rien à faire, on flotte vraiment mieux en mer ! Même si ma combi est bien usée, elle est de bien meilleure qualité que celle que j’ai à Bruxelles, je me sens glisser sur l’eau ! Je trouve un bon rythme, et surtout, des bons pieds à suivre ! Je ne m’occupe donc plus de regarder où je vais et je suis les bulles du précédent en me concentrant sur ma nage et en regardant les poissons et les fond marins, 10m plus bas… J’en oublie la compétition et je nage plutôt bien… au début du deuxième tour le rythme s’accélère un peu et je décroche complètement de mon groupe, j’essaie de les rattraper mais je me fatigue plus qu’autre chose… Tant pis pour l’aspiration et le pilote automatique, vu mon niveau en natation, ça n’est pas la première fois que je nagerai seul :-p …  De toute façon je suis déjà « au large » et il ne me reste donc plus qu’environ ¼ de la natation… Je nage donc sans trop me forcer quand je vois des « ombres » plutôt bizarres sous moi, ça à l’air plutôt gros et ça bouge, hum bon ça reste une course donc je ne m’arrête pas non plus pour observer et je continue à nager… Mais elles reviennent, plus prêts, plus nombreuses, une dizaine peut-être ? A chaque fois que j’ai la tête sous l’eau j’essaie d’y voir un peu plus clair mais même si l’eau est claire, les ombres sont clairement plus « profondes » que moi et j’ai du mal à estimer leur profondeur. Puis d’un coup les formes se dessinent bien, hum oui en fait, ça doit être des dauphins ! Je continue à nager mais c’est quand même un drôle de sentiment de se dire qu’on est entouré de Dauphins… Puis de nouveau ça se précise, alors que je tourne la tête pour respirer, c’est à environ 1m sur ma droite que je vois clairement un œil, et un contraste de couleur noir/blanchâtre … Des « dauphins sombres » ! Ils sont maintenant autours et en dessous de moi… Puis ils disparaissent aussi discrètement qu’ils sont apparus… Je suis déjà à la moitié de la dernière ligne droite quand je « reprends mes esprits » … Plus que 200m et la natation sera déjà derrière moi ! Je sors de l’eau en 36min55sec… C’est presque 4min de plus que mon « record » mais bon j’ai nagé avec des Dauphins ! :-p Du coup j’ai vraiment la patate quand je prends mon vélo (même si il n’en reste qu’une vingtaine dans le parc… Les autres doivent déjà être bien loin !)

Le parcours vélo est très segmenté. Les 35 premiers kilomètres se font sur une route qui longe les fjords, tous le temps le long de l’eau et donc très sinueuse, en plus on monte et descend non-stop pour passer d’une baie à l’autre… Ensuite viennent 40km de plaines à l’intérieur des terres sur une route fraîchement refaite ! On finit par une section de 20km, pour remonter une vallée jusqu’à un col qui surplombe Picton, dernière descente et ça sera bouclé !

J’entame le vélo vers 7h40, il fait encore bien frais et la route, majoritairement ombragée, ne m’aide pas à me réchauffer. Donc je décide d’un peu accélérer le rythme… de toute façon ça commence très fort tout de suite avec un premier « mur » à 12%. Parfait pour me réchauffer… Et ce fonctionne plutôt bien puisque durant les 20 premiers kilomètres je dépasse pas mal de gens… La route est vraiment magnifique et chaque descente vers une nouvelle baie est un pur bonheur… Le soleil commence à chauffer lorsque je quitte cette belle section de route sinueuse et très technique… Nous sommes un petit groupe de quatre à nous engager dans la « partie rapide » de 40km. Mon vélo n’étant clairement pas tailler pour la vitesse, j’ai du mal à suivre les 35km/h constant que mes concurrents imposent … Le drafting est psychologique mais je ne veux pas les perdre de vue et je m’accroche durant 20km… Ma moyenne est remontée à 28.5km/h lorsque je passe le cap des 50km parcourus… Là je commence à faire des calculs involontaires et me dit que passer sous les 6h comme temps final n’est pas impossible (mon « record » est de 6h35) si je continue un bon vélo et surtout que je cours bien… Mais je commence aussi à sentir une douleur dans les pieds et mes orteils s’engourdissent (pour rappel je suis en « running shoes » avec des « simples cales-pied à l’ancienne » … Je me rends compte que je pousse clairement avec le milieu de la plante du pied et que la pédale en métal bloque surement la circulation vers mes orteils… Mes 3 concurrents ne sont plus que des petits points à l’horizon… encore une fois, tant pis, le décor est vraiment pas mal, je ralentis à 30km/h, je joue avec mes orteils pour leur redonner un peu de vie, je mange une barre au muesli (je n’en ai pris que deux sur moi, et un bidon de 750ml d’isotonique … J’ai raté ma banane au premier ravito, j’espère que j’aurai le deuxième car j’arrive sur le dernier quart de mon bidons !). Il commence à faire vraiment chaud et je décompte les dernier kilomètre avant se ravito… Où je rate mon bidon… Damned il va falloir la jouer serré pour les 20 derniers kilomètres ! Et c’est là que les choses se gâte vraiment, la remontée (en faux plat/pente douce) vers Picton se fait… avec un vent de face ! Et le vent en Nouvelle Zélande, c’est loin d’être une petite brise fraîche et agréable… Je pousse de toute mes forces pour faire du 20km/h … J’essaie de penser à la course qui m’attend, mais si je me « préserve » je n’avance vraiment plus, au temps vous dire que j’arrive donc bien cuit au pied du dernier mur à 13% avant de littéralement me laisser descendre jusqu’au parc à vélo… Je dépose le vélo après 3h26 pour 95km … J’ai un peu les jambes en coton mais je suis vraiment content de mon temps ! Surtout sur la bécane que j’ai utilisée !

Et là c’est partit pour 21km de course à pied, j’en suis +/- à 4h de course, je me redis que « 6h c’est jouable » … Comme toujours le premier kilomètre donne de drôle de sensations et les jambes ne comprennent pas trop ce qu’il se passe... Normalement ça passe assez vite, sauf qu’içi, c’est un trail ! Et le deuxième kilomètre est une longue et douloureuse ascension vers les sommets qui surplombe le port… Entre escaliers et pentes raides, mes mollets boudent et j’ai des crampes qui pointent le bout de leur nez… Hum J’arrive en haut en marchant et : premier ravito (un tous les 2km). Bon 2min de pause s’imposent, il fait chaud (28°C / pas de vent de ce côté-ci), je n’ai vraiment pas bu assez, mes barres de muesli de supermarché sont peu efficaces. Je prends donc deux gels et deux gobelets d’eau + un sur la tête, je me remets à trottiner et fais le vide (Nico Rasson, Martin, si vous me lisez, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir fait essayer la méditation, tellement efficace en course !).

Je reprends donc ma course serein, oui ça fait mal et j’ai les jambes « lourdes », mais c’est gérable, je finirai mon deuxième semi-ironman à l’autre bout du monde ! Rien que cette idée la me donne déjà la patate ! Alors lorsque j’entame la descente sur l’autre côté de la montagne, que je cours dans le « bush » vers la Marina, pour enfin de retourner au port et de boucler mon premier tour, j’ai finalement couru 8km de plus s’en m’arrêter (mais en me ravitaillant correctement, et je sens que cela fonctionne)… Je boucle finalement mon premier tour en 1h10. Je réalise que mon chrono en 6h devient peu probable, mais je me dis que je m’en approcherai le plus possible. Le fait de courir en boucle, et donc de se faire dépasser par des gars qui sprintent littéralement n’aide pas le moral ! La bataille devient vraiment psychologique lorsque j’arrive à nouveau au pied de la côte, tant pis : je marche ! Il fait toujours plus chaud et je perds plus d’eau que je ne peux en emmagasiner à chaque ravito ! Je recommence à douter quelques instant… Je vois les minutes qui défilent et je n’avance plus… J’alterne marche et course pour les 5derniers kilomètres. Le dernier kilomètre est un mélange grisant de satisfaction et de douleur. Psychologiquement c’est dur, on arrive face à l’arrivée, et on doit encore faire un tour dans le village (ça monte et ça descend) qui me semble 3fois plus long que lors du premier passage ! La musique, les applaudissements me font pourtant accélérer sans cesse et je sprint les 100 derniers mètres… Waw ça y est ! 6h33, dont 2h25 (hum) pour la course à pied. Mais de nouveau, waw quelle course ! La douleur est déjà dissipée, j’ai une médaille, une bouteille de vin, je suis assis au stand de récupération, et je souris ! Heureux, content de moi tout simplement.

Si je dois faire un bilan je le ferais en termes de cotation comme suit qui résument je pense tellement mieux ma course :

Niveau de pression : 0/10 , je suis arrivé sans penser aux résultats, aux gens qui me regarderait, pas de comparaison parfois « trop compétitive » avec les gens du club, juste « cool »

Niveau de souffrance : 6/10 , c’est une moyenne :-p … Qui a bien été remontée par la fin de la course !

Niveau de plaisir : 12/10 , waw !

Blessure : 0, j’étais au bureau le lendemain, frais et sans courbatures ! J’ai repris les « entrainements » 4jours plus tard…

 Niveau de style : 12/10, prend ça triathlon moderne ! Vieux vélo, pas de montre intelligente, pas de pédales automatiques, des lunettes solaires cassées. Ca ne m’a pas empêché de finir ! ;-)

 

Merci de m’avoir lu, prenez soin de vous et n’oubliez pas de prendre du plaisir dans vos courses ! Comme dirait un alpiniste et grimpeur Bruxellois :

 

« Le sommet de nos rêves : il n’est pas là, en haut de la montagne, Il est en nous. Mais nous c’est là-haut qu’on va le chercher. … Tu pourrais très bien trouver le sommet de tes rêves chez toi au chaud dans ton fauteuil, mais c’est plus facile de le trouver là-haut »

Sean Villanueva O’DriscollSalut à tous,

Voilà pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis depuis un peu plus d’un mois en Nouvelle-Zélande pour une durée +/- indéterminée. Quoi de plus naturel donc que de m’essayer aux épreuves locale et de participer à mon premier triathlon made in NZ ! (que je m’en vais vous compter, histoire de vous partager cette belle expérience!)

Après un passage sur le site « trade-me » (ebay local), me voilà en possession d’une combi « 2XU » d’occasion pour une bouchée de pain. S’en suivent quelques échanges de mail avec le club local qui m’ont permis d’obtenir un vieux « Giant TCR » à prêter pour une durée indéterminée. J’ai donc commencé réellement à m’intéresser au calendrier des épreuves il y a quelques semaines : sans hésitation mon choix se porte sur le « Marlborough Sounds Half Ironman » et je m’y inscris de suite.

Je vous passerai les détails de mon « non-entrainement » pour ne pas m’attirer les foudres des coach ;-) . Entre un week-end rafting, des longues randonnées, un magnifique pays à découvrir et beaucoup de boulot, je n’ai vraiment pas pris le temps de m’entrainer correctement, mais qu’importe, je me suis principalement inscrit pour prendre du plaisir durant l’épreuve et découvrir une autre région du pays.

Je me suis donc mis en route ce Vendredi 6/2 pour 5h de voiture vers Picton, la petite ville où se déroulait l’épreuve. Il s’agit d’un port dans une région de fjord où montagne, mer et plage de sable blanc se rencontre dans un décor assez féerique.

Il est 18h lorsque je débarque sur place pour le briefing pré-course. Première découverte, nous ne sommes que 140 participants (50 :50 entre hommes et femmes) ET seulement 5participants dans ma catégorie d’âge (20-29ans). La majorité des athlètes sont classés en 40-49 … Je me sens vraiment jeune là ! Ensuite je me rends également compte que je n’ai pas du tout le gabarit « Kiwi » : les hommes font tous au minimum 1m90 et sont des montagnes de muscles 2fois plus larges que moi… Ça va être comique pour la natation ça ! Je réalise également qu’il ne s’agit que de la première édition de la course et qu’elle est annoncée comme une épreuve très difficile (4000m de D+ sur le vélo, 800m de D+ sur la course à pied qui s’approche plus d’un trail). En discutant avec d’autres participants, c’est surtout le gratin des athlètes kiwi qui sont présents, je commence à me poser des questions sur ma présence ici :-p ! Vite effacées par l’ambiance « hyper décontractée » du briefing, je reviens à mon premier but : prendre du plaisir qu’importe le résultat ! Après ce briefing décontracté « Kiwi Style » (où on discute de la possibilité de nager avec les dauphins, de « est-ce que les bananes seront épluchées aux ravitos » ,…) je me mets en route vers le camping d’à côté. Disons que je fais dans le non conventionnel jusqu’au bout, avec une nuit sous tente avant la course.

Réveil 4h45, n’ayant pas spécialement prévu de  « Gatosport » et autre « petit-déjeuner de sportif », j’ai cuisiné la veille des mini muffin/cake enrichi aux noix, fruits sec et poudre d’amende… J’espère que ça fera l’affaire ! Ma tente repliée, il est aux alentours de 6h lorsque je prépare ma « caisse » sur le parking de l’événement, direction le parc à vélo. A nouveau un sentiment étrange lorsque je prépare mon vélo et mes « simples basket » pour la sortie de l’eau. A ma gauche, un Scott plasma 2014 flambant neuf, à ma droite un Specialized SHIV tout aussi blinquant et « dernier cris », il y en a donc pour environs 20.000€ de vélo à côté de moi, le mien ne m’a rien couté :-p.  Je suis bien placé en extérieur du parc, et les allées sont très larges, ça ne devrait donc pas trop être la cohue pour les quelques 100athlètes présent finalement au départ. Ca à beau être l’été, à 6h30 il ne fait jamais que 12°C, j’enfile donc vite ma combi et je vais dans l’eau (qui elle, est à 19°C, sensation donc de rentrer dans son bain chaud !). Le soleil se lève à peine en face de moi, le port est fermé durant 1h10, une mer d’huile, quelques voiliers amarrés au large et les montagnes « refermant » le fjord … Waw ! Je profite clairement du décor et de calme en barbotant dans de l’eau presque translucide ! L’organisation me sort de ma rêverie et méditation en annonçant à la sono « 5minute before the start ». Hum avec tout ça je ne me suis pas échauffé ! Je nage quelques mètres avant de me repositionner « dans le pack »... Ils sont peut-être plus grand que moi mais je ne vais pas me laisser impressionner et partir de derrière ! Le parcours est un triangle qui nous fait aller de 400m en pleine mer, bifurquer en longeant la côte sur 150m, avant de revenir pour 400m vers la première bouée de départ, le tout deux fois… 1900m de natation que je devrais nager normalement en 35min selon mes calculs :-p. Et ça ne sera que la début, puisqu’au vue de ma préparation et du vélo que j’ai, je m’estimerai heureux si je boucle l’épreuve dans les 7h … Un rythme de ballade en somme ! Mais une belle ballade :-p !

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 « PAN » … Ca y est cette fois c’est parti ! Départ très très chaotique ! Je me fais littéralement couler tous les 10m par ces gros malabars, et ça m’énerve plus qu’autre chose… De toute façon ils partent très vite et je me laisse distancer pour raccrocher un deuxième groupe bien plus cool ! Je réalise que c’est la première fois que je nage en combi en mer, et qu’il n’y a rien à faire, on flotte vraiment mieux en mer ! Même si ma combi est bien usée, elle est de bien meilleure qualité que celle que j’ai à Bruxelles, je me sens glisser sur l’eau ! Je trouve un bon rythme, et surtout, des bons pieds à suivre ! Je ne m’occupe donc plus de regarder où je vais et je suis les bulles du précédent en me concentrant sur ma nage et en regardant les poissons et les fond marins, 10m plus bas… J’en oublie la compétition et je nage plutôt bien… au début du deuxième tour le rythme s’accélère un peu et je décroche complètement de mon groupe, j’essaie de les rattraper mais je me fatigue plus qu’autre chose… Tant pis pour l’aspiration et le pilote automatique, vu mon niveau en natation, ça n’est pas la première fois que je nagerai seul :-p …  De toute façon je suis déjà « au large » et il ne me reste donc plus qu’environ ¼ de la natation… Je nage donc sans trop me forcer quand je vois des « ombres » plutôt bizarres sous moi, ça à l’air plutôt gros et ça bouge, hum bon ça reste une course donc je ne m’arrête pas non plus pour observer et je continue à nager… Mais elles reviennent, plus prêts, plus nombreuses, une dizaine peut-être ? A chaque fois que j’ai la tête sous l’eau j’essaie d’y voir un peu plus clair mais même si l’eau est claire, les ombres sont clairement plus « profondes » que moi et j’ai du mal à estimer leur profondeur. Puis d’un coup les formes se dessinent bien, hum oui en fait, ça doit être des dauphins ! Je continue à nager mais c’est quand même un drôle de sentiment de se dire qu’on est entouré de Dauphins… Puis de nouveau ça se précise, alors que je tourne la tête pour respirer, c’est à environ 1m sur ma droite que je vois clairement un œil, et un contraste de couleur noir/blanchâtre … Des « dauphins sombres » ! Ils sont maintenant autours et en dessous de moi… Puis ils disparaissent aussi discrètement qu’ils sont apparus… Je suis déjà à la moitié de la dernière ligne droite quand je « reprends mes esprits » … Plus que 200m et la natation sera déjà derrière moi ! Je sors de l’eau en 36min55sec… C’est presque 4min de plus que mon « record » mais bon j’ai nagé avec des Dauphins ! :-p Du coup j’ai vraiment la patate quand je prends mon vélo (même si il n’en reste qu’une vingtaine dans le parc… Les autres doivent déjà être bien loin !)

Le parcours vélo est très segmenté. Les 35 premiers kilomètres se font sur une route qui longe les fjords, tous le temps le long de l’eau et donc très sinueuse, en plus on monte et descend non-stop pour passer d’une baie à l’autre… Ensuite viennent 40km de plaines à l’intérieur des terres sur une route fraîchement refaite ! On finit par une section de 20km, pour remonter une vallée jusqu’à un col qui surplombe Picton, dernière descente et ça sera bouclé !

J’entame le vélo vers 7h40, il fait encore bien frais et la route, majoritairement ombragée, ne m’aide pas à me réchauffer. Donc je décide d’un peu accélérer le rythme… de toute façon ça commence très fort tout de suite avec un premier « mur » à 12%. Parfait pour me réchauffer… Et ce fonctionne plutôt bien puisque durant les 20 premiers kilomètres je dépasse pas mal de gens… La route est vraiment magnifique et chaque descente vers une nouvelle baie est un pur bonheur… Le soleil commence à chauffer lorsque je quitte cette belle section de route sinueuse et très technique… Nous sommes un petit groupe de quatre à nous engager dans la « partie rapide » de 40km. Mon vélo n’étant clairement pas tailler pour la vitesse, j’ai du mal à suivre les 35km/h constant que mes concurrents imposent … Le drafting est psychologique mais je ne veux pas les perdre de vue et je m’accroche durant 20km… Ma moyenne est remontée à 28.5km/h lorsque je passe le cap des 50km parcourus… Là je commence à faire des calculs involontaires et me dit que passer sous les 6h comme temps final n’est pas impossible (mon « record » est de 6h35) si je continue un bon vélo et surtout que je cours bien… Mais je commence aussi à sentir une douleur dans les pieds et mes orteils s’engourdissent (pour rappel je suis en « running shoes » avec des « simples cales-pied à l’ancienne » … Je me rends compte que je pousse clairement avec le milieu de la plante du pied et que la pédale en métal bloque surement la circulation vers mes orteils… Mes 3 concurrents ne sont plus que des petits points à l’horizon… encore une fois, tant pis, le décor est vraiment pas mal, je ralentis à 30km/h, je joue avec mes orteils pour leur redonner un peu de vie, je mange une barre au muesli (je n’en ai pris que deux sur moi, et un bidon de 750ml d’isotonique … J’ai raté ma banane au premier ravito, j’espère que j’aurai le deuxième car j’arrive sur le dernier quart de mon bidons !). Il commence à faire vraiment chaud et je décompte les dernier kilomètre avant se ravito… Où je rate mon bidon… Damned il va falloir la jouer serré pour les 20 derniers kilomètres ! Et c’est là que les choses se gâte vraiment, la remontée (en faux plat/pente douce) vers Picton se fait… avec un vent de face ! Et le vent en Nouvelle Zélande, c’est loin d’être une petite brise fraîche et agréable… Je pousse de toute mes forces pour faire du 20km/h … J’essaie de penser à la course qui m’attend, mais si je me « préserve » je n’avance vraiment plus, au temps vous dire que j’arrive donc bien cuit au pied du dernier mur à 13% avant de littéralement me laisser descendre jusqu’au parc à vélo… Je dépose le vélo après 3h26 pour 95km … J’ai un peu les jambes en coton mais je suis vraiment content de mon temps ! Surtout sur la bécane que j’ai utilisée !

Et là c’est partit pour 21km de course à pied, j’en suis +/- à 4h de course, je me redis que « 6h c’est jouable » … Comme toujours le premier kilomètre donne de drôle de sensations et les jambes ne comprennent pas trop ce qu’il se passe... Normalement ça passe assez vite, sauf qu’içi, c’est un trail ! Et le deuxième kilomètre est une longue et douloureuse ascension vers les sommets qui surplombe le port… Entre escaliers et pentes raides, mes mollets boudent et j’ai des crampes qui pointent le bout de leur nez… Hum J’arrive en haut en marchant et : premier ravito (un tous les 2km). Bon 2min de pause s’imposent, il fait chaud (28°C / pas de vent de ce côté-ci), je n’ai vraiment pas bu assez, mes barres de muesli de supermarché sont peu efficaces. Je prends donc deux gels et deux gobelets d’eau + un sur la tête, je me remets à trottiner et fais le vide (Nico Rasson, Martin, si vous me lisez, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir fait essayer la méditation, tellement efficace en course !).

Je reprends donc ma course serein, oui ça fait mal et j’ai les jambes « lourdes », mais c’est gérable, je finirai mon deuxième semi-ironman à l’autre bout du monde ! Rien que cette idée la me donne déjà la patate ! Alors lorsque j’entame la descente sur l’autre côté de la montagne, que je cours dans le « bush » vers la Marina, pour enfin de retourner au port et de boucler mon premier tour, j’ai finalement couru 8km de plus s’en m’arrêter (mais en me ravitaillant correctement, et je sens que cela fonctionne)… Je boucle finalement mon premier tour en 1h10. Je réalise que mon chrono en 6h devient peu probable, mais je me dis que je m’en approcherai le plus possible. Le fait de courir en boucle, et donc de se faire dépasser par des gars qui sprintent littéralement n’aide pas le moral ! La bataille devient vraiment psychologique lorsque j’arrive à nouveau au pied de la côte, tant pis : je marche ! Il fait toujours plus chaud et je perds plus d’eau que je ne peux en emmagasiner à chaque ravito ! Je recommence à douter quelques instant… Je vois les minutes qui défilent et je n’avance plus… J’alterne marche et course pour les 5derniers kilomètres. Le dernier kilomètre est un mélange grisant de satisfaction et de douleur. Psychologiquement c’est dur, on arrive face à l’arrivée, et on doit encore faire un tour dans le village (ça monte et ça descend) qui me semble 3fois plus long que lors du premier passage ! La musique, les applaudissements me font pourtant accélérer sans cesse et je sprint les 100 derniers mètres… Waw ça y est ! 6h33, dont 2h25 (hum) pour la course à pied. Mais de nouveau, waw quelle course ! La douleur est déjà dissipée, j’ai une médaille, une bouteille de vin, je suis assis au stand de récupération, et je souris ! Heureux, content de moi tout simplement.

Si je dois faire un bilan je le ferais en termes de cotation comme suit qui résument je pense tellement mieux ma course :

Niveau de pression : 0/10 , je suis arrivé sans penser aux résultats, aux gens qui me regarderait, pas de comparaison parfois « trop compétitive » avec les gens du club, juste « cool »

Niveau de souffrance : 6/10 , c’est une moyenne :-p … Qui a bien été remontée par la fin de la course !

Niveau de plaisir : 12/10 , waw !

Blessure : 0, j’étais au bureau le lendemain, frais et sans courbatures ! J’ai repris les « entrainements » 4jours plus tard…

 Niveau de style : 12/10, prend ça triathlon moderne ! Vieux vélo, pas de montre intelligente, pas de pédales automatiques, des lunettes solaires cassées. Ca ne m’a pas empêché de finir ! ;-)

 

Merci de m’avoir lu, prenez soin de vous et n’oubliez pas de prendre du plaisir dans vos courses ! Comme dirait un alpiniste et grimpeur Bruxellois :

 

« Le sommet de nos rêves : il n’est pas là, en haut de la montagne, Il est en nous. Mais nous c’est là-haut qu’on va le chercher. … Tu pourrais très bien trouver le sommet de tes rêves chez toi au chaud dans ton fauteuil, mais c’est plus facile de le trouver là-haut »

Sean Villanueva O’Driscoll